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Enfants

Quand ils nous disent : “C’est pas juste !”

Les tout-petits ressentent violemment le sentiment d’injustice… et l’expriment. Mais que signifient vraiment leurs “c’est pas juste !” qui nous déstabilisent et nous obligent à nous justifier ? S’agit-il réellement d'injustice ? Explications du philosophe Michel Lacroix.

 

“Je ne veux pas obéir !”

Le “c'est pas juste !” que l'enfant emploie à la moindre contrariété est une protestation naturelle contre les interdits et les entraves à sa liberté. “C'est pas juste d'aller au lit !” signifie dans sa bouche : “Je ne veux pas obéir.” Le mot “juste” est détourné par le langage enfantin. Il ne s'agit pas là de justice au sens strict. L'enfant trouve simplement que la loi édictée par ses parents et qui l'oblige à aller au lit, est abusive. Cette accusation déstabilise le parent. L'enfant a bien compris le pouvoir de ce “c'est pas juste !”, renvoyant à une idée universelle de la justice.

Les parents n’ont pas à tout justifier

Face à la protestation de l'enfant, l'adulte se sent souvent en position de se justifier. Mais un parent n'a pas à tout justifier. Nous devons essayer de leur apprendre le plus tôt possible que tout ce qui est ennuyeux, contrariant, et fait obstacle à leurs souhaits immédiats, n'est pas forcément une injustice : “Quand il pleut et que tu ne peux pas aller jouer dehors, ce n'est pas injuste, c'est juste embêtant !”

“J’ai été lésé !”

Dans de nombreux cas, quand les enfants disent : “c'est pas juste !”, cela signifie : “Ce n'est pas équitable, j'ai été lésé !” En effet, pour eux, l'équité, l'égalité et la justice sont une seule et même chose. Les enfants comparent en permanence. Pour eux, ce n'est pas juste de ne pas avoir ou de ne pas être comme leur frère, leur sœur ou leurs copains. Et ils sont capables de mesurer au millimètre près leur part de gâteau pour être sûrs de ne pas être défavorisés : “Il a eu une plus grosse part que moi !”

L’égalité pour tous et à tout prix ?

Alors faut-il jouer la carte de l'égalité à tout prix au sein de la famille, comme le réclament ces petits révolutionnaires ? Mais qu'est-ce que cela voudrait dire de donner exactement la même chose à chacun ? Ne serait-ce pas nier les différences ? À nous d'expliquer que la justice n'implique pas forcément une égalité formelle. Au contraire, il s'agit de donner à chacun, unique et différent, ce dont il a besoin.

Même pour l'amour, nous avons beau répéter à l'enfant qu'on l'aime autant que son frère ou sa sœur, que l'amour n'est pas une quantité finie à diviser en plusieurs parts, que ce n'est pas parce qu'on aime l'autre qu'il y a moins d'amour pour lui… cette idée a du mal à être comprise. Mais l'enfant peut tout de même l'entendre.

“L’injustice, c'est quand il se passe le contraire de ce qui doit arriver !”

Parfois, le “c'est pas juste” de l'enfant parle vraiment de justice. Comme dit Luigi, 4 ans : “L'injustice, c'est quand il se passe le contraire de ce qui doit arriver !” Parfois, il nous arrive de punir ou de donner raison à tort.

Pas évident pour un parent de savoir de quel côté faire pencher la balance de la justice… Se tromper, être injuste, cela arrive. La justice de l'adulte ne peut pas s'appliquer mécaniquement, selon des lois intangibles. Il est obligé de tâtonner. Et puis, comment savoir ce qui s'est vraiment passé ? Pour toutes ces raisons, l'adulte doit accepter l'idée qu'il est parfois injuste.

À cet égard, la punition collective pose un problème. D'un côté, elle est injuste. En effet, le parent ou l'enseignant qui punit tout le groupe, faute de coupable identifié, est fondamentalement injuste. Mais en même temps, la punition collective permet d'effectuer une réparation, même imparfaite. En ce sens, elle ressemble plus à une forme de justice archaïque qu'à la justice moderne. Elle est une manière de rétablir l'ordre et de rappeler les interdits.

Exprès ou pas exprès ?

Dans la justice des adultes, l'intentionnalité est une notion essentielle pour évaluer le degré de gravité d'un acte. À la question : “Qui est le plus coupable ? Qui doit être le plus puni : l'enfant qui fait exprès de jeter une tasse par terre ou celui qui en renverse accidentellement dix ?”, la plupart des enfants de moins de 5 ans répondent sans hésiter : “Celui qui a cassé le plus de tasses !”

Habituer un tout-petit à s'interroger sur le "exprès/pas exprès" est l'une des premières occasions de se confronter et de réfléchir à ses actes et à ce qui les motive. Par ce biais, il commence à apprendre le concept de responsabilité d'un acte. Mais les tout-petits n'ont pas toujours une vision très claire de cette notion. Le psychologue Jean Piaget, dans Le jugement moral de l'enfant en donne un bon exemple.

Aidez-le à discerner justice et injustice

Il est rare qu'un tout-petit "se décentre" de lui et ait conscience des grandes injustices comme la pauvreté, la maladie, la guerre… À moins qu'il ne la croise. Alors, la rencontre d'un sans-abri par exemple, peut l'amener à formuler un étonnement, et même parfois l'indignation.

Cette protestation, au nom de l'injustice, est très saine. L'adulte peut aider l'enfant à discerner ce qui est juste et ce qui n'est pas juste. Ainsi, la révolte face à l'injustice est un moteur pour l'enfant et débouche sur une vraie prise de conscience : quand je serai grand, je pourrai contribuer à un monde plus juste.

 

Le 6 avril 2009 Michel Lacroix, propos recueillis par Sophie Furlaud, pour le Cahier parents de Pomme d'Api

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24/03/2009 - ,

Comment ne pas s'énerver, nous aussi on pourrait se dire que ce n'est pas juste ... quand on est fatigué, quand on a des soucis.

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