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En famille

« Les parents d’adolescent doivent garder confiance »

Le pédopsychiatre Marcel Rufo répond chaque matin sur France 5 aux questions des parents dans l’émission Allo Rufo. Parmi les questions les plus fréquentes, celles sur l’adolescence : une période qui bouscule et inquiète les parents. Marcel Rufo explique pourquoi la priorité est de garder confiance en son enfant.

 

Les relations entre les parents et leurs ados ont-elles changé ?

Depuis une quarantaine d’années, l’enfant est devenu un bien rare et donc précieux. Les parents sont passés à une plus grande compréhension, mais aussi parfois à trop de jeu de séduction avec leurs enfants. Or on n’est pas parent pour séduire nos enfants. On est parent pour leur apporter les éléments qui leur permettront de partir vers leur liberté, vers leur autonomie. Je constate aussi aujourd’hui qu’on affuble souvent les enfants d’une angoisse de séparation, alors qu’il s’agit plutôt de l’angoisse de séparation des parents, angoisse que leurs enfants partent de chez eux… et qui renvoie à un vieillissement difficile à accepter dans une société où tout le monde se croit jeune toujours.

Que voulez vous dire par «séduire ses enfants» au quotidien ?

Séduire ses enfants, c’est tout excuser, ne pas donner sa position. Par exemple, dire : “Ah, tu fumes du haschich… mais n’en fume pas trop” ou bien “Ah, tu as encore trop bu, fais attention quand même il ne faut pas que tu t’y habitues”… “Ah, tu as un nouveau petit ami ? il peut venir à la maison”… et ainsi de suite. Les parents autorisent beaucoup ! Combien de fois j’entends dire lors de consultation par des mamans qui élèvent seules leur adolescent : “il m’insulte… il me bouscule… ”. C’est incroyable qu’une maman accepte que son adolescent l’insulte.

Souvent les parents hésitent, ne font pas preuve d’autorité par peur de commettre une erreur avec leur enfant. Est-ce grave de faire des erreurs quand on est parent ?

Mais non ! Il y a trois métiers impossibles : parents, enseignants et psychanalystes. Donc une fois qu’ils ont compris que ce métier de parent est un métier impossible, ils peuvent y aller tranquilles. Au contraire ! Il ne faut pas être trop bons parents, moi je plaide pour des parents moyens, qui auraient une note de 11-12 sur 20. C’est rassurant de se dire ça !

Les parents semblent redouter l’adolescence de leur enfant, peuvent-ils s’y préparer ?

On ne parle pas assez du fait qu’à la crise d’adolescence s’ajoute la crise des parents, la crise de la quarantaine. Les femmes, qui ont maintenant leur premier enfant à 31 ans, vivent à l’adolescence de leur enfant ce passage très particulier de la quarantaine, de la fin de leur possibilité de maternité. Les hommes, se sentant vieillir, sont aussi parfois en situation complexe vis-à-vis de leur relation amoureuse. Tout cela peut créer une crise parentale, au moment de l’adolescence des enfants… Et puis j’observe un phénomène qui me passionne : les parents font comme s’ils n’avaient pas été adolescents eux-mêmes. C’est une période tellement complexe l’adolescence qu’on l’enfouit dans ses souvenirs !

Pouvez-vous rassurer les parents sur l’adolescence ?

Oui, j’insiste sur le fait – très optimiste – que 85% des adolescents vont très bien. Certes, cela fait aussi 15% qui vont mal, soit 600 000 personnes dont il faudrait s’occuper, ce qui est un vrai problème de santé publique en France, mais les parents doivent entendre que 85% des adolescents se portent bien !  Ils s’opposent un peu… ils rentrent plus tard qu’autorisé le samedi soir… Oui, ben alors ! On peut dire aussi aux parents pour les rassurer qu’un adolescent qui va mal, ne va pas mal que sur un point. Pour qu’on puisse dire “il va mal”, il faut un faisceau de signes : il ne dort pas, il boit, il sabote sa scolarité, il fume du haschich, il est agressif, auto-violent et hétéro-violent… Un seul signe ne suffit pas !

Qu’est ce qui est compliqué pour les parents lors de l’adolescence de leur enfant ?

Lorsqu’on est parent, on a une de croyance un peu étonnante : on pense que nos enfants vivront toujours avec nous. C’est drôle, non ? C’est quelque chose dans ce détachement que les parents ont du mal à supporter. Or l’adolescence c’est justement le moment où l’enfant doit se séparer des images parentales : l’adolescent va donc attaquer ses parents sur quelque chose qu’ils ont dénié. On a cru longtemps ce que notre petit nous disait “tu es le plus fort de tous les papas” ou “tu es la plus jolie de toutes les mamans”, et brutalement à l’adolescence, voilà qu’il nous dit : “t’es pas terrible”. Donc ça fait drôle. Voilà la vraie question pour nous parents : savoir laisser partir nos enfants de notre vie. C’est pour ça que par exemple je suis un gros prescripteur d’internat quand les choses vont mal : en se séparant simplement la semaine, après ça va mieux.

 

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Le 17 mars 2014
Propos recueillis par Odile Amblard
JupiterImages-Thinkstock

Pour en savoir plus

Allo Rufo, 500 réponses aux questions que se posent les parents d’enfants et d’adolescentsAllo Rufo, 500 réponses aux questions que se posent les parents d’enfants et d’adolescents, par Marcel Rufo, chef de service de pédopsychiatrie du CHU de Sainte Marguerite à Marseille.

France5.fr et Larousse (22,90 €)

 

Parution le 25 mars 2014.

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