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En famille

Avoir un chouchou, est-ce un tabou ?

Selon une enquête britannique de juin 2013, un tiers des parents anglais avouent avoir un chouchou parmi leurs enfants. En France, le sujet reste sensible, voire tabou. Entretien avec Françoise Peille, psychologue.

 

Très peu de parents avouent avoir un chouchou. Pourquoi le sujet est-il aussi tabou dans notre société ?

Françoise Peille : Tout d'abord, il n'y a pas de généralités : tous les parents n'ont pas de chouchou ! Souvent, la notion de chouchou relève simplement du fantasme enfantin, ce qui est assez banal : on pense toujours que l'autre a plus que soi, en l'occurrence l'affection parentale.

Un enfant peut donc inconsciemment interpréter une relation privilégiée avec ses parents comme un statut de chouchou. D'ailleurs, c'est surtout le terme “chouchou” qui rend ce sujet tabou, car il sous-entend une injustice envers les autres enfants.

Dès que l'on parle d'affinités, les choses deviennent tout de suite plus faciles : un parent peut se sentir plus proche de l'un de ses enfants pour diverses raisons, sans en avoir honte.

Par contre, lorsque cette préférence prend des proportions trop importantes et qu'elle a des répercussions au quotidien, le parent culpabilise et n'ose pas l'avouer aux autres, ni se l'avouer à lui-même.

Comment expliquer cette préférence démesurée pour l'un de ses enfants ?

F. P. : Elle peut avoir de nombreuses causes, mais elle fait pratiquement toujours écho à l'enfance du parent. L'enfant chouchou peut lui rappeler une partie de son passé, ou lui renvoyer une image de lui-même qui lui plaît. Il se retrouve en lui, physiquement ou émotionnellement, parfois de manière inconsciente.

Si, par exemple, étant petit, il a aussi été le chouchou de ses parents, il peut reproduire le même modèle envers l'enfant qu'il préfère. À l'inverse, si le parent a souffert d'un manque d'attention dans sa jeunesse, il compensera dans l'excès en gâtant son propre enfant.

Mais cette préférence peut aussi avoir d'autres explications, comme le contexte dans lequel est arrivé l'enfant, ou bien son état de santé. Un enfant handicapé sera par exemple plus protégé par ses parents, qui lui accorderont davantage d'attention, parfois au détriment du reste de la fratrie.

La scolarité peut également jouer un rôle dans les affinités parents-enfants : un enfant bon élève pourra être le préféré, car il rapporte de bonnes notes.

Quelle attitude doit adopter le parent dans cette situation ?

F. P. : Le premier pas pour le parent est la prise de conscience, dans son for intérieur, de sa préférence pour l'un de ses enfants. Une fois cette démarche effectuée, il faut trouver un équilibre et essayer de ne pas commettre d'injustice envers ses autres enfants, et de ne surtout pas leur parler de cette préférence.

L'idéal est que le deuxième parent ait plus d'affinités avec l'un des autres enfants, ce qui est d'ailleurs souvent le cas, afin que l'attention des deux parents ne soit pas focalisée sur un seul et même enfant.

Mais l'attitude qui consiste à vouloir traiter tous les enfants de la même façon n'est pas la bonne : être équitable ne signifie pas agir de la même manière envers chacun d'eux, mais les aimer pour ce qu'ils sont et avec leurs besoins propres.

Dans quelques cas exceptionnels, le parent ne peut pas lutter contre cette préférence, qui prend de telles proportions qu'elle en devient pathologique : il est alors préférable de consulter un psychologue si cette situation fait souffrir l'enfant comme sa famille.

 

Le 27 janvier 2014 Propos de Françoise Peille recueillis par Camille Masson pour le magazine Toupie.

A propos de Françoise Peille

Françoise Peille, psychologue spécialisée dans l'enfance, est l’auteur du livre Parent, enfant : à chacun sa place, publié aux éditions de Bœck.

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